La profondeur, donc la pression.
En profondeur, la pression ambiante augmente et le volume des gaz diminue d'autant (loi de Boyle-Mariotte). C'est l'unique cause première : chaque accident n'est qu'une conséquence de cette montée en pression sur une partie du corps.
Ce que la profondeur fait au corps
Le volume des cavités aériennes est déjà divisé par 2 dès −10 m. Zone critique de compensation ORL : équilibrer tôt et souvent.
Le sang se redistribue vers le thorax pour protéger les poumons comprimés. À ses limites, le squeeze apparaît (au-delà du volume résiduel, > 30-40 m).
La pression chute vite (2 → 1 bar), la PpO₂ s'effondre (÷3 à 4 entre 30 m et la surface). La sécurité doit être en place avant l'arrivée de l'apnéiste.
L'œdème pulmonaire d'immersion n'est pas réservé à la profondeur : immersion + effort + froid suffisent à le déclencher.
Chaque branche, du pourquoi à la prévention.
Même plan partout : Comprendre, Reconnaître, Agir, Prévenir.
Barotraumatisme ORL
Lien profondeur : Les cavités aériennes (oreille moyenne, sinus, masque) se compriment quand la pression monte.
- • La trompe d'Eustache est le seul moyen d'équilibrer l'oreille moyenne. Obstruée (rhume, sinusite, allergie), la compensation devient impossible : contre-indication temporaire.
- • Les sinus n'ont pas de manœuvre de compensation : seule leur perméabilité naturelle compte. Obstruction = douleur vive, risque d'épistaxis.
- • Techniques, de la plus simple à la plus avancée : Valsalva (simple mais limité en profondeur), Frenzel (technique de référence dès l'AEL, langue piston, sans effort thoracique, à toutes profondeurs), BTV (idéale, douce, rare), Mouthfill (évolution du Frenzel pour la profondeur extrême, niveau Expert).
- • Niveau Expert : attention aux micro-traumatismes cumulatifs — des barotraumatismes mineurs répétés peuvent léser l'oreille à long terme.
- • Douleur d'oreille ou de sinus à la descente.
- • Saignement de nez, vertiges, acouphènes : signes d'une atteinte plus sérieuse.
- • Arrêt immédiat de la descente, remontée contrôlée.
- • Ne jamais forcer la compensation.
- • Consultation ORL si douleur persistante, saignement, vertiges ou acouphènes.
- • Interdiction de plongée jusqu'à avis médical.
- • Compenser tôt et souvent, avant la douleur.
- • Pas de plongée en cas de rhume, sinusite ou allergie.
- • Apprentissage progressif (Valsalva → Frenzel → BTV), hydratation, gestion du stress, échauffement de la trompe.
Syncope hypoxique & PCM
Lien profondeur : La pression modifie les pressions partielles. À la remontée, la PpO₂ s'effondre.
- • La syncope est une perte de connaissance par hypoxie cérébrale (PpO₂ sous ~30 mmHg). Elle survient sans signe précurseur fiable.
- • C'est le CO₂ qui donne l'envie de respirer (seuil ~50 mmHg), pas le manque d'O₂. D'où le piège.
- • L'hyperventilation abaisse la PaCO₂ sans augmenter la PaO₂ : elle retarde l'envie de respirer pendant que l'O₂ chute. La syncope arrive sans aucune alerte. Hyperventilation interdite.
- • Ascent blackout : à la descente la PpO₂ monte (fausse sécurité), à la remontée elle chute (÷3 à 4 entre 30 m et la surface). Les 10 derniers mètres sont critiques.
- • Séquence type : aisance → lutte (contractions du diaphragme) → PCM/Samba → syncope → convulsions → reprise réflexe si voies aériennes libres.
- • PCM (Samba) : mouvements saccadés, regard vitreux, lèvres cyanosées, désorientation.
- • La PCM précède la perte de connaissance : c'est un signe d'alarme, intervention immédiate.
- • Repère : la syncope reste rare en compétition encadrée (~3,3 % des tentatives, données AIDA 2019-2023). L'hyperventilation en est un facteur favorisant majeur — elle masque l'alerte sans signe précurseur.
- • PCM en surface : saisir, maintenir les voies aériennes hors de l'eau, retirer le masque, stimuler, surveiller, O₂ si disponible.
- • Syncope en surface : libérer les voies aériennes, basculer la tête, souffler sur le visage, 2 insufflations bouche-à-nez, alerter les secours.
- • Syncope en profondeur : saisir, remonter voies aériennes obstruées, puis protocole de surface + alerte RIFAA.
- • Phase tonico-clonique (trismus) : ne jamais mettre un doigt dans la bouche, attendre la fin des convulsions.
- • Pas d'hyperventilation : 3 à 4 cycles respiratoires calmes maximum.
- • Hook breathing à la reprise de surface, récupération suffisante entre les apnées.
- • Surveillance en trinôme (1 descend, 1 en surface, 1 observe). La sécurité se positionne avant l'arrivée de l'apnéiste.
OPI & Squeeze
Lien profondeur : Pression hydrostatique et blood shift centralisent le sang vers le thorax.
- • Le blood shift est un mécanisme de protection : le sang se redistribue vers le thorax pour compenser la compression des poumons. Mais il a ses limites.
- • OPI (œdème pulmonaire d'immersion) : œdème hémodynamique. La pression capillaire pulmonaire monte → transsudat dans les alvéoles. Ce n'est pas un barotraumatisme classique. Possible même en surface.
- • Squeeze : barotraumatisme de la descente, compression au-delà du volume résiduel (> 30 à 40 m), rupture capillaire par dépression alvéolaire.
- • Repère : 26,4 % des moniteurs rapportent des symptômes respiratoires après une apnée profonde (enquête FFESSM).
- • Précoce : toux sèche, gêne respiratoire, oppression thoracique.
- • Caractéristique : toux productive, crachats mousseux rosés ou sanglants, dyspnée croissante.
- • Sévère : détresse respiratoire, cyanose, tachycardie, désaturation.
- • Cas léger (toux ± traces de sang, pas de douleur ni trouble de conscience) : arrêt de l'activité, position semi-assise, surveillance, O₂ si disponible, consultation médicale dans la journée.
- • Cas sévère (détresse, crachats abondants, douleur, trouble de conscience) : protocole RIFAA, alerte secours (15 / 112), O₂ 15 L/min, position semi-assise, ne pas laisser seul.
- • Risque de noyade si l'OPI survient en immersion. Un épisode augmente le risque de récidive.
- • Progressivité, échauffement, pas d'effort maximal en eau froide, hydratation modérée, pas d'anti-inflammatoires avant la plongée.
- • Surveillance post-apnée (la toux peut apparaître jusqu'à 30 min après), limitation des répétitions en profondeur, débriefing systématique.
Un seul moteur, la profondeur.
Trois conséquences sur le corps : les gaz se compriment, les pressions partielles changent, le sang se redistribue. Trois familles d'accidents. Tout le reste en découle.
Support pédagogique · Apnéiste Expert Eau Libre (AEEL). Contenu issu des présentations V3 / V4 / V5 (S. Andlauer), du MFA MEF1 V6, des Préconisations FFESSM V4 et de la littérature (AIDA, enquête FFESSM). Données reportées telles que sourcées : à revérifier avant tout usage en examen ou en certification. Cette fiche ne remplace ni une formation encadrée, ni un avis médical.