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L'arbre logique des accidents en apnée profonde

Un seul moteur physique, trois conséquences sur le corps, trois familles d'accidents. Cet arbre relie chaque accident à sa cause et à sa conduite à tenir.

La racine de tout

La profondeur, donc la pression.

En profondeur, la pression ambiante augmente et le volume des gaz diminue d'autant (loi de Boyle-Mariotte). C'est l'unique cause première : chaque accident n'est qu'une conséquence de cette montée en pression sur une partie du corps.

×1
÷2
÷3
÷4
÷5
Surface
1 bar
−10 m
2 bar
−20 m
3 bar
−30 m
4 bar
−40 m
5 bar

Ce que la profondeur fait au corps

0 à −10 m
Compression rapide

Le volume des cavités aériennes est déjà divisé par 2 dès −10 m. Zone critique de compensation ORL : équilibrer tôt et souvent.

−20 à −40 m
Blood shift & squeeze

Le sang se redistribue vers le thorax pour protéger les poumons comprimés. À ses limites, le squeeze apparaît (au-delà du volume résiduel, > 30-40 m).

Remontée · 10 derniers m
Ascent blackout

La pression chute vite (2 → 1 bar), la PpO₂ s'effondre (÷3 à 4 entre 30 m et la surface). La sécurité doit être en place avant l'arrivée de l'apnéiste.

En surface aussi
OPI

L'œdème pulmonaire d'immersion n'est pas réservé à la profondeur : immersion + effort + froid suffisent à le déclencher.

Les trois familles d'accidents

Chaque branche, du pourquoi à la prévention.

Même plan partout : Comprendre, Reconnaître, Agir, Prévenir.

1
Compression des gaz

Barotraumatisme ORL

Lien profondeur : Les cavités aériennes (oreille moyenne, sinus, masque) se compriment quand la pression monte.

C
Comprendre
le pourquoi
  • La trompe d'Eustache est le seul moyen d'équilibrer l'oreille moyenne. Obstruée (rhume, sinusite, allergie), la compensation devient impossible : contre-indication temporaire.
  • Les sinus n'ont pas de manœuvre de compensation : seule leur perméabilité naturelle compte. Obstruction = douleur vive, risque d'épistaxis.
  • Techniques, de la plus simple à la plus avancée : Valsalva (simple mais limité en profondeur), Frenzel (technique de référence dès l'AEL, langue piston, sans effort thoracique, à toutes profondeurs), BTV (idéale, douce, rare), Mouthfill (évolution du Frenzel pour la profondeur extrême, niveau Expert).
  • Niveau Expert : attention aux micro-traumatismes cumulatifs — des barotraumatismes mineurs répétés peuvent léser l'oreille à long terme.
R
Reconnaître
les signes
  • Douleur d'oreille ou de sinus à la descente.
  • Saignement de nez, vertiges, acouphènes : signes d'une atteinte plus sérieuse.
A
Agir
conduite à tenir
  • Arrêt immédiat de la descente, remontée contrôlée.
  • Ne jamais forcer la compensation.
  • Consultation ORL si douleur persistante, saignement, vertiges ou acouphènes.
  • Interdiction de plongée jusqu'à avis médical.
P
Prévenir
en amont
  • Compenser tôt et souvent, avant la douleur.
  • Pas de plongée en cas de rhume, sinusite ou allergie.
  • Apprentissage progressif (Valsalva → Frenzel → BTV), hydratation, gestion du stress, échauffement de la trompe.
Présentation V3 ORL (S. Andlauer) · MFA MEF1 V6 · Dr. Bonnet 2013 (thèse, 268 plongeurs)
2
Gaz : O₂ / CO₂

Syncope hypoxique & PCM

Lien profondeur : La pression modifie les pressions partielles. À la remontée, la PpO₂ s'effondre.

C
Comprendre
le pourquoi
  • La syncope est une perte de connaissance par hypoxie cérébrale (PpO₂ sous ~30 mmHg). Elle survient sans signe précurseur fiable.
  • C'est le CO₂ qui donne l'envie de respirer (seuil ~50 mmHg), pas le manque d'O₂. D'où le piège.
  • L'hyperventilation abaisse la PaCO₂ sans augmenter la PaO₂ : elle retarde l'envie de respirer pendant que l'O₂ chute. La syncope arrive sans aucune alerte. Hyperventilation interdite.
  • Ascent blackout : à la descente la PpO₂ monte (fausse sécurité), à la remontée elle chute (÷3 à 4 entre 30 m et la surface). Les 10 derniers mètres sont critiques.
  • Séquence type : aisance → lutte (contractions du diaphragme) → PCM/Samba → syncope → convulsions → reprise réflexe si voies aériennes libres.
R
Reconnaître
les signes
  • PCM (Samba) : mouvements saccadés, regard vitreux, lèvres cyanosées, désorientation.
  • La PCM précède la perte de connaissance : c'est un signe d'alarme, intervention immédiate.
  • Repère : la syncope reste rare en compétition encadrée (~3,3 % des tentatives, données AIDA 2019-2023). L'hyperventilation en est un facteur favorisant majeur — elle masque l'alerte sans signe précurseur.
A
Agir
conduite à tenir
  • PCM en surface : saisir, maintenir les voies aériennes hors de l'eau, retirer le masque, stimuler, surveiller, O₂ si disponible.
  • Syncope en surface : libérer les voies aériennes, basculer la tête, souffler sur le visage, 2 insufflations bouche-à-nez, alerter les secours.
  • Syncope en profondeur : saisir, remonter voies aériennes obstruées, puis protocole de surface + alerte RIFAA.
  • Phase tonico-clonique (trismus) : ne jamais mettre un doigt dans la bouche, attendre la fin des convulsions.
P
Prévenir
en amont
  • Pas d'hyperventilation : 3 à 4 cycles respiratoires calmes maximum.
  • Hook breathing à la reprise de surface, récupération suffisante entre les apnées.
  • Surveillance en trinôme (1 descend, 1 en surface, 1 observe). La sécurité se positionne avant l'arrivée de l'apnéiste.
Présentation V4 Syncope (S. Andlauer) · Allinger 2024 (AIDA) · Bonnet / Pernett · Duprat IR 2019
3
Blood shift · pression capillaire

OPI & Squeeze

Lien profondeur : Pression hydrostatique et blood shift centralisent le sang vers le thorax.

C
Comprendre
le pourquoi
  • Le blood shift est un mécanisme de protection : le sang se redistribue vers le thorax pour compenser la compression des poumons. Mais il a ses limites.
  • OPI (œdème pulmonaire d'immersion) : œdème hémodynamique. La pression capillaire pulmonaire monte → transsudat dans les alvéoles. Ce n'est pas un barotraumatisme classique. Possible même en surface.
  • Squeeze : barotraumatisme de la descente, compression au-delà du volume résiduel (> 30 à 40 m), rupture capillaire par dépression alvéolaire.
  • Repère : 26,4 % des moniteurs rapportent des symptômes respiratoires après une apnée profonde (enquête FFESSM).
R
Reconnaître
les signes
  • Précoce : toux sèche, gêne respiratoire, oppression thoracique.
  • Caractéristique : toux productive, crachats mousseux rosés ou sanglants, dyspnée croissante.
  • Sévère : détresse respiratoire, cyanose, tachycardie, désaturation.
A
Agir
conduite à tenir
  • Cas léger (toux ± traces de sang, pas de douleur ni trouble de conscience) : arrêt de l'activité, position semi-assise, surveillance, O₂ si disponible, consultation médicale dans la journée.
  • Cas sévère (détresse, crachats abondants, douleur, trouble de conscience) : protocole RIFAA, alerte secours (15 / 112), O₂ 15 L/min, position semi-assise, ne pas laisser seul.
  • Risque de noyade si l'OPI survient en immersion. Un épisode augmente le risque de récidive.
P
Prévenir
en amont
  • Progressivité, échauffement, pas d'effort maximal en eau froide, hydratation modérée, pas d'anti-inflammatoires avant la plongée.
  • Surveillance post-apnée (la toux peut apparaître jusqu'à 30 min après), limitation des répétitions en profondeur, débriefing systématique.
Présentation V5 OPI (S. Andlauer) · Enquête FFESSM · Préconisations FFESSM V4 · classification RIFAA
Le fil rouge à garder en tête

Un seul moteur, la profondeur.

Trois conséquences sur le corps : les gaz se compriment, les pressions partielles changent, le sang se redistribue. Trois familles d'accidents. Tout le reste en découle.

Profondeur → pressionORLSyncopeOPI
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Support pédagogique · Apnéiste Expert Eau Libre (AEEL). Contenu issu des présentations V3 / V4 / V5 (S. Andlauer), du MFA MEF1 V6, des Préconisations FFESSM V4 et de la littérature (AIDA, enquête FFESSM). Données reportées telles que sourcées : à revérifier avant tout usage en examen ou en certification. Cette fiche ne remplace ni une formation encadrée, ni un avis médical.